La Bulgarie gagne du terrain dans les envies de voyage des Français. En 2024, plus de 13 millions de touristes étrangers ont visité le pays, selon les données de l’ONU Tourisme. Au premier semestre 2026, la tendance se confirme : selon la plateforme de voyages sur mesure Evaneos, l’intérêt des Français pour l’Europe de l’Est a progressé de 8,8% par rapport à l’année précédente. Si l’Albanie, la Croatie et le Monténégro figurent toujours parmi les pays les plus demandés, la Bulgarie suit le mouvement avec une hausse de 5,9% des réservations.
À moins de trois heures de vol de Paris, le pays s’impose comme une alternative aux destinations méditerranéennes traditionnelles. «Je cherchais une destination européenne peu coûteuse, facilement accessible depuis la France», témoigne Sacha Maradoudine, 27 ans, créatrice de contenus. Une accessibilité doublée d’une facilité de paiement pour les voyageurs français. Depuis l’adoption de l’euro le 1er janvier 2026, la destination gagne en lisibilité pour les visiteurs européens. «L’euro simplifie naturellement les paiements et rassure une partie de la clientèle», détaille l’agence de voyages parisienne Amslav Tourisme, spécialiste des séjours en Europe centrale.
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La Bulgarie s’impose aussi sur le marché des séjours tout compris. Le voyagiste TUI France y déploie ses marques de clubs de vacances avec le Club Lookéa Laguna Beach, à Albena, et le nouveau Club Marmara Les Magnolias, à Primorsko, ouvert cette année. Au Club Marmara Les Magnolias, animation, espace thalasso et plages à proximité attirent une clientèle en quête de tout compris, avec des séjours à partir de 695 euros par personne pour 7 nuits. Sur l’ensemble de la destination, le tour-opérateur observe une croissance de plus de 80% des séjours en club.
Cette dynamique s’accompagne d’un changement de profil des voyageurs : «Nous observons cette année un rajeunissement de notre clientèle dans les clubs de vacances», précise le voyagiste. La part de ceux âgés de 40 à 49 ans progresse de 30% par rapport à l’été 2025, tandis que les départs en juillet-août en formule club avec enfants augmentent de 35%. «Les destinations de l’Europe de l’Est connaissent une réelle montée en puissance auprès de la clientèle française», analyse le voyagiste.
Pour Sacha Maradoudine, la Bulgarie s’est imposée comme une destination idéale pour un court séjour. Partie du 7 au 10 mars, elle a principalement séjourné à Sofia, avec une excursion d’une journée au monastère de Rila, à environ deux heures de route de la capitale. Son vol aller-retour avec le transporteur aérien hongrois Wizz Air lui a coûté 46 euros, réservé trois mois à l’avance. «Je voulais absolument voir la cathédrale Alexandre Nevski», poursuit la jeune femme, à propos de cet édifice dont le dôme culmine à 50 mètres de hauteur. Son hôtel trois étoiles, bien situé, avec petit déjeuner inclus, lui est revenu à 105 euros pour trois nuits. Sur place, les transports lui ont paru particulièrement abordables : 11,60 euros dépensés sur l’ensemble du séjour. «Le métro et les bus coûtent bien moins cher qu’en France, et même les taxis restent très accessibles», souligne-t-elle. Coût total du séjour : 246 euros tout compris. «C’était une très bonne surprise.» Le passage à l’euro lui a aussi facilité la gestion de son budget, en supprimant les conversions de monnaie et en lui permettant de régler l’ensemble de ses dépenses par carte bancaire.
Pour Rémy Lafont, 34 ans, entrepreneur, la Bulgarie est «un joyau brut encore sous-estimé». Il y a séjourné près de trois semaines au mois de juin, en multipliant les étapes, de la capitale Sofia à Plovdiv, la plus vieille ville d’Europe, ou encore la cité historique de Nessebar. Parmi les atouts : une eau de mer autour de 25 °C fin juin et la présence de nombreux thermes. Entre lacs glaciaires, villages perchés et stations thermales, le pays se dévoile hors des sentiers battus. Côté budget, il évoque des prix d’hôtels allant d’environ 45 euros la nuit à 125 euros pour des établissements plus haut de gamme. Il a également loué un véhicule pour certains déplacements et payé jusqu’à 75 euros pour un trajet en taxi. À table, il estime qu’une addition entrée-plat-dessert tourne autour de 20 à 30 euros dans un bon restaurant. «C’est moins cher que dans le sud de la France ou qu’en Espagne par exemple», résume-t-il.
Toutefois, si elle reste une destination compétitive, notamment face à la Croatie ou au Monténégro, son image de destination à bas coût semble aujourd’hui erronée. Slavena Etugova, guide touristique et tour-opératrice agréée, fondatrice de l’agence Terre sacrée Bulgarie, confirme l’évolution des prix. Elle observe une forte hausse des tarifs dans l’hôtellerie et la restauration, qu’elle attribue à une «inflation par anticipation de l’euro», amorcée avant son adoption puis prolongée après son entrée en vigueur. Selon elle, certains prix ont même «doublé, voire triplé». À titre de comparaison, elle estime que «manger en plein centre-ville d’Avignon dans un excellent restaurant revient moins cher que de déjeuner dans le centre de Sofia».
Pour cette professionnelle, qui organise des visites privées de Sofia et des excursions au monastère de Rila, à Plovdiv, cette évolution des prix s’accompagne d’un changement du profil des visiteurs. «La Bulgarie avait beaucoup plus de touristes français dans les années quatre-vingt parce que c’étaient des groupes organisés», analyse-t-elle. Aujourd’hui, elle voit surtout arriver une clientèle francophone plus jeune, venue «en aventure», qui construit elle-même son itinéraire, achète ses billets d’avion, réserve ses chambres et voyage en indépendant. De nombreux voyageurs francophones arrivent ainsi en Bulgarie avec des billets d’avion à bas prix et s’attendent encore à une destination très bon marché.
Même constat pour Amslav Tourisme : «De nombreux voyageurs français gardent l’image d’une destination “très bon marché”, ce qui correspond de moins en moins à la réalité», précise l’agence. Avec la montée en gamme des infrastructures touristiques et la hausse générale des prix, l’écart tend progressivement à se réduire.
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Au-delà de la Bulgarie, «d’autres pays d’Europe de l’Est, encore confidentiels mais au fort potentiel, gagnent en visibilité», observe Julien Lardy, directeur des destinations Europe centrale chez Comptoir des Voyages. Encore minoritaires dans l’activité de l’agence (1 à 2 %), elles séduisent une clientèle en quête d’authenticité, de découvertes culturelles et de tarifs plus doux. La Pologne figure aujourd’hui parmi les destinations les plus dynamiques. «Elle retrouve progressivement les faveurs des voyageurs français», note l’expert, tout en attirant une clientèle désireuse de renouer avec ses origines : environ un voyage sur cinq vendus par l’agence concerne des voyageurs ayant des racines polonaises. Moins chère que la France, elle conserve aussi un argument économique avec des repas au restaurant autour de 13 ou 14 euros.
D’autres pays émergent également, comme la Roumanie, récemment intégrée au catalogue de Comptoir des Voyages, ou la République tchèque, dont les trésors culturels dépassent largement Prague. Le budget y est aussi un argument de poids : pour un autotour de huit jours et sept nuits en hôtels quatre étoiles, sur une base de deux personnes, «il faut compter à partir de 1370 euros par personne en Bulgarie, 1525 euros en Pologne et 1550 euros au Monténégro. À titre de comparaison, des séjours similaires démarrent autour de 1915 euros en Allemagne et de 2025 euros en Autriche», détaille l’agence de voyages Amslav Tourisme, spécialiste des séjours en Europe centrale. Pour les voyageurs français, l’Europe de l’Est reste un refuge où conjuguer découverte, confort et tarifs encore raisonnables.
2026-08-06T11:39:20Z