Aujourd’hui, partir en vacances semble une évidence pour une grande majorité de Français. Pourtant, ce droit au repos s’est conquis au fil des décennies. Des premiers bains de mer prescrits par les médecins aux congés payés arrachés de haute lutte, petit retour sur les grandes étapes qui ont transformé notre rapport au temps libre.
Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que l’idée même de « prendre des vacances » entre dans le quotidien des élites. À l’époque, ce n’est pas tant le loisir qui motive ces séjours que la santé. Les stations balnéaires se développent sous l’impulsion des médecins qui prescrivent les bains de mer. De Dinard (Ille-et-Vilaine) à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), en passant par Marseille (Bouches-du-Rhône), la bourgeoisie découvre les bienfaits de l’iode… et les premières cabines de plage.
Mais pour la majorité des Français, pas question de repos : l’été est synonyme de moissons et de dur labeur. Les vacances sont encore un privilège de classes.
1936 : le tournant des congés payés
C’est le moment fondateur de nos vacances modernes. En juin 1936, le gouvernement de Léon Blum, issu du Front populaire, accorde deux semaines de congés payés à tous les salariés. Jusqu’à présent, seuls les fonctionnaires avaient ce droit. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils peuvent partir en voyage. Les gares se remplissent, les plages se démocratisent, et la Méditerranée devient enfin accessible aux classes populaires.
Le mythe des vacances à la mer est lancé. On parle de « transhumance estivale », et les premières images de Parisiens en short sur les plages de Normandie ou d’Occitanie entrent dans l’imaginaire collectif.
Les années 1970 : l’âge d’or des grandes vacances
C’est la décennie où les vacances deviennent un vrai rituel de masse. Avec la généralisation de la voiture individuelle, les routes se remplissent en juillet et août. La France s’équipe : clubs de vacances, campings, résidences secondaires, aires d’autoroute… Le tourisme devient un moteur économique.
Avec l’obtention des quatre semaines de congés en 1968, impulsée par l’entreprise Renault six ans plus tôt, les familles s’organisent autour de la fameuse « quatorzaine » à la mer, à la montagne ou à la campagne. Le Club Med, créé en 1950, incarne cette envie de tout oublier, dans un ailleurs confortable. Le bronzage devient signe de liberté, et les cartes postales remplissent les boîtes aux lettres.
Aujourd’hui : des vacances à la carte
Les années 2000 ont bouleversé la donne. Davantage de flexibilité, de choix… mais aussi de disparités. Certains partent plusieurs fois par an en week-end prolongé, quand d’autres n’ont pas les moyens de quitter leur domicile.
La tendance est au « slow tourisme », aux séjours en van, aux micro-aventures ou aux voyages responsables. Néanmoins, les voyages en avion perdurent grâce à leurs prix compétitifs. Même si les tendances écoresponsables privilégient les traversées en train ou dans la voiture familiale. Mais une chose reste : l’attachement profond des Français à leurs vacances. Car plus qu’un luxe, elles sont devenues un besoin, presque une revendication sociale. Et chaque été, elles continuent d’écrire notre histoire collective.
2025-07-26T09:15:53Z